Dara : interview

Le 10 février 2013 par Sébastien Pastor Dans Articles, Interviews Pas de commentaire

Zero Yen a eu la chance de s’entretenir avec Dara, auteur du manga 100% frenchie Appt. 44. Rencontre avec un dessinateur passionnant et passionné.
ZY : Salut Dara ! Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

D : Bonjour ! Je m’appelle Dara et je suis l’auteur d’« Appt.44 » ! Je dessine depuis tout petit. Passionné de manga depuis l’adolescence, c’est donc tout naturellement que je me suis lancé dans la création d’un manga, après plusieurs années passées à travailler dans le jeu vidéo.

ZY : Dara est un pseudonyme, je suppose ? Pourquoi ce nom ?

D : Eh bien, non, c’est mon vrai prénom un peu raccourci ! Je n’ai pas eu à me casser la tête pour trouver un pseudo original puisque mes parents l’avaient déjà fait pour moi !

ZY :  Si je ne me trompe pas, tu viens du monde du fanzine ?

D : C’est exact ! J’ai véritablement commencé à réaliser mes premiers fanzines au lycée avec des amis, puis des correspondants (car à l’époque tout se faisait par courrier et non par Internet). Cela fait maintenant plusieurs années que, grâce à un ami japonais, mes créations sont imprimées directement au Japon, où elles sont vendues lors d’événements tels que le Comic Market à Tôkyô.

ZY : Que t’a apporté cette expérience ? Quelles sont tes précédentes œuvres ?

D : Le fanzinat a été pour moi une étape primordiale dans mon apprentissage du dessin et de la narration. L’émulation entre les différents dessinateurs permet de confronter son style à celui des autres et à chercher à toujours s’améliorer ! De plus, ces rencontres favorisent la découverte de nouveaux auteurs, de nouvelles œuvres qu’on ne connaît pas forcément mais qui sont toujours très enrichissantes ! Aujourd’hui, de nombreux sites et forums sur Internet permettent ces rencontres et c’est vraiment une grande chance pour tous ceux qui souhaitent partager leur passion du dessin.

ZY : Comment es-tu arrivé jusqu’à Ankama ?

D : Très simplement. « Appt.44 » était mon premier projet de manga en tant que professionnel, je l’ai donc envoyé à 3 ou 4 éditeurs qui étaient susceptibles de publier du manga en France. J’avoue que j’espérais qu’Ankama serait intéressé. C’est une société très dynamique et l’une de mes très bonnes amies, Raf (auteur de « Debaser »), rencontrée dans le fanzinat justement, y était déjà publiée. Suite à mon envoi, j’ai reçu assez rapidement une réponse pour une entrevue et nous avons débuté le projet !


ZY : Faire un manga à la française (un « franga » comme certains aiment à le qualifier), n’est-ce pas une tentative hasardeuse ? Pourquoi avoir choisi ce format ?

D : C’est effectivement une expérience risquée, car les mangas français ont encore une mauvaise image auprès de certains lecteurs. En ce qui me concerne, c’était assez évident de raconter l’histoire d’« Appt.44 » dans ce format, car c’était le plus adapté. En effet, la BD classique franco-belge est à mon avis efficace pour toutes sortes de récits. Mais quand l’histoire s’appuie avant tout sur le relationnel entre plusieurs personnages, le format manga est le meilleur. C’était vraiment à ce type de narration que je voulais m’essayer !

ZY : Peux-tu nous décrire une journée type de travail ?

D : En fait, elles sont assez variées car à côté du manga, je fais pas mal d’autres boulots  (dans  l’illustration, le jeu vidéo…), mais quand je suis à 100% sur le dessin des planches, je me lève assez tôt pour pouvoir commencer à travailler dès 7h30. Ensuite, je ne m’arrête qu’une fois mon objectif de la journée rempli (en général 2 ou 3 pages). Malheureusement, il m’arrive très rarement de finir à l’heure pour le dîner… D’autant qu’il y a toujours plein de petites choses à faire à droite à gauche qui nous détournent de nos tâches principales !


ZY : Tu fais presque tout par toi-même : le dessin et le scénario, c’est bien ça ? Tu as pourtant eu recours à  des assistantes pour les volumes 2 et 3. Quel a été leur rôle ?

D : Effectivement, à partir du volume 2, j’ai travaillé avec deux assistantes (Marguerite sur le tome 2, Moemai sur les 3 et 4). La répartition est la suivante : je réalise tout le travail en amont sur les planches (découpage, positionnement des dialogues, crayonnés, encrage des personnages), et elles s’occupent du reste, à savoir le dessin des décors, de certains persos au second plan et la pose des trames. Ensuite, je récupère à nouveau les dessins puis demande ou fais moi-même des modifications si nécessaire. Tout cela se fait par Internet: au bout d’un moment, ça roule tout seul ! De plus, la présence d’une assistante permet aussi d’améliorer la qualité graphique, elles peuvent faire des propositions pour m’indiquer les dessins qu’elles trouvent plus faibles. C’est donc une aide doublement précieuse !

ZY : Je suppose que ton rythme est bien différent des auteurs japonais. Combien de temps te faut-il pour réaliser un volume ?  Es-tu un boulimique de travail ?

D : Il me faut environ 6 mois mais là encore, je ne suis pas à plein temps dessus. Donc ça n’a pas grand chose à voir avec un dessinateur japonais qui doit sortir les tomes à un rythme beaucoup plus rapide. Pourtant, je travaille énormément : comme c’est aussi ma passion, je ne m’en rends même pas compte… Toutefois, depuis que je me suis marié, j’ai décidé d’avoir des horaires plus raisonnables et de consacrer du temps à mon épouse !


ZY : Aimerais-tu collaborer avec d’autres auteurs ? Si oui, lesquels ?

D : J’adorerais ! Je pense que c’est comme ça qu’on apprend le plus vite ! Je serais ravi d’être responsable du gommage des planches dans l’équipe d’Urasawa ! Je suis également un grand admirateur d’Adachi, de Takahashi, et bien sûr d’Oda.

ZY : Quand sortira le dernier tome de la série ? Dès le départ « Appt. 44 » devait totaliser 4 volumes, chacun représentant une saison. Pourquoi avoir fait ce choix ?

D :  Le dernier tome sortira le 21 mars 2013, bien qu’il soit terminé depuis cet automne ! Effectivement, depuis la conception, il était prévu que l’histoire se déroulerait sur une année et se construirait autour du chiffre 4 :  4 volumes pour 4 saisons.

ZY : Les sous-couvertures sont super marrantes,  comment t’est venue cette idée ?

D : Je ne lis jamais un manga sans commencer par regarder ce qu’il y a sous la jaquette. Je ne sais pas combien de lecteurs le font mais j’ai toujours trouvé que c’était gratifiant de découvrir quelque chose de caché, un peu comme un bonus track sur un CD. L’idée des faux magazines, je ne sais plus d’où ça vient. Bien que ça prenne un peu plus de temps à faire, je ne le regrette pas car, visiblement, ça a beaucoup plu !

ZY : Comment as-tu eu l’idée de tes personnages et de leurs caractères ? À qui ressembles-tu le plus ?

D : Ils ont été conçus à partir de traits de caractères de personnes qui me sont proches, à commencer par ma famille et mes amis. Le plus important, c’était surtout d’avoir des personnages vraiment différents. En revanche, je ne peux pas dire que je ressemble plus à l’un ou à l’autre… J’essaie de toujours voir le bon côté des choses comme Coco; j’aime bien la propreté comme Mick; la littérature et la musique classique comme Jon; je m’emporte parfois facilement comme Gigi… Ah oui, je suis aussi un peu glouton comme Zozo !!

ZY : Si mes renseignements sont bons, Zozo et Lulu existent vraiment. J’en déduis que tu adores les chats ?

D : J’ai toujours grandi avec eux, je les aime énormément car ils sont beaux, gracieux et aussi très marrants. Chacun a son propre caractère… J’aimerais aussi pouvoir dormir autant !!!

ZY : Tu es souvent en dédicace et je sais que tu passes énormément de temps à faire plaisir aux lecteurs en dessinant de jolies illustrations. Quel est le feedback du public ?

D : C’est toujours une grande joie de rencontrer des lecteurs qui ont apprécié mon œuvre ! Malgré tout l’enthousiasme que je peux y mettre, il y a des jours plus durs que d’autres où l’on aimerait bien faire autre chose que de rester assis devant son ordinateur du matin au soir… Dans ces moments-là, c’est un réconfort de penser aux personnes qui attendent la suite de l’histoire, et aussi de regarder les fan arts ! Ce qui est chouette avec la création : c’est communicatif comme les dominos !


ZY : Tu as reçu le prix du meilleur manga en 2010. Quelle a été ta réaction lorsque tu as été récompensé, surtout que celui-ci a été décerné par Animeland ?

D : J’ai été très surpris car, bien que je connaissais leur concours, je ne savais pas qu’il y avait une catégorie pour les mangas français. Pour moi qui  achetais ce magazine à l’époque où il était la principale source d’information, c’était vraiment un beau clin d’œil !

ZY : Quand on lit un volume de ta série, on voit directement que tu es un geek. Les clins d’œil ne manquent pas (« Cat’s Eyes », « Lost », « Lamu », « Alien », « Robotech », etc.), quelles sont tes influences ?

D : Je ne sais pas si je suis un geek (vous croyez vraiment que j’en suis un ?!) mais j’ai été nourri au biberon par la télé et toute cette culture populaire que j’apprécie énormément ! En fait, ces influences ressurgissent sans cesse dans ma vie car je suis assez nostalgique : un vrai jukebox ambulant. Mes persos le sont aussi, du coup !

ZY : Quels mangas lis-tu en ce moment ? Et quelle série rétro t’a le plus marquée ?

D : Je suis en train de finir « Hikari no densetsu », que je trouve absolument remarquable. J’aime ces vieux shôjo des années 70 et 80, qui sont très mélos et qui ont un charme absolument unique…  Sinon, en ce moment, je ne lis pas beaucoup mais j’essaie de suivre « Run Day Burst », « One Piece » bien sûr, « Une sacrée mamie » et « Bride Stories ». Je voudrais aussi lire « Thermae Romae » et plein d’autres choses !

ZY : Que penses-tu de « City Hall » et « Dream Land » qui sont aussi deux succès du manga à la française ?

D : Honte sur moi, je n’ai pas encore lu « City Hall » ! J’ai pu rencontrer les auteurs en dédicace, ils font du très bon boulot ! Le concept est en tout cas super chouette et on sent qu’ils s’éclatent avec cet univers steampunk ! Quant à « Dreamland », j’en suis au volume 10 et j’aime l’énergie qui se dégage des dessins de Reno ! C’est vraiment génial qu’ils aient pu trouver un large public, c’est tout à fait mérité ! Mais personnellement, mon manga français préféré reste « Debaser », car il est vraiment unique !

ZY : À part lire des mangas et dessiner, que fais-tu ?

D : Comme beaucoup de personnes, je regarde pas mal de films et de séries TV pour me détendre ! J’aime me promener dans la nature mais je n’en ai pas beaucoup l’occasion. J’essaie aussi de donner un peu de mon temps à des associations en tant que bénévole, par exemple,  en faisant du soutien scolaire auprès de collégiens. C’est quelque chose de très important pour moi et ce sont de belles rencontres !

 

ZY : Je sais que tu es déjà allé au Japon, que retires-tu de cette expérience ?  As-tu eu un choc culturel ?

D : J’y suis allé cette année pour la quatrième fois et j’aime toujours autant ce pays. Ce qui me surprend le plus à chaque voyage, c’est l’organisation : bien que Tôkyô soit surpeuplée et très bruyante, on peut toujours s’y sentir en paix et rester serein ! Je rêve maintenant de découvrir la campagne japonaise… Peut-être une prochaine fois ?

ZY : Que penses-tu de la gastronomie japonaise ?

D : J’adore, évidemment ! La cuisine familiale japonaise est savoureuse et le soin apporté aux détails fait toute la différence !

ZY : As-tu déjà d’autres projets?

D : Oui ! Je ne sais pas encore lequel sortira en premier. Il y aura, entre autres, un nouveau manga qui sera pré-publié sur Internet ainsi que deux projets de BD au format franco-belge !

ZY : Un dernier mot pour les lecteurs de Zero Yen ? As-tu des conseils à donner aux dessinateurs en herbe ?

D : Merci de m’avoir lu jusqu’au bout ! Amis dessinateurs, un seul conseil : ne vous découragez pas et ne raccrochez pas vos crayons !!

ZY : Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.  À très bientôt !

D : À bientôt.

 

Interview réalisée par Sébastien Pastor

Appt. 44 en résumé

Quatre colocataires, quatre personnalités venus d’horizons différents, et lointains, voire très lointains puisque l’un d’entre eux est un alien ! Mais lequel ?
Il y a d’abord Coco, 22 ans, la parfaite serial shoppeuse et Gigi, la rebelle du groupe, et la seule parisienne de la bande.
Côté garçons, on retrouve Mick, le bon pote playboy toujours prêt à aider et Jon, l’étudiant en lettres.
Le moral est au beau fixe, mais il se passe des choses étranges…
Chats marchant au plafond, somnambulisme ou autres apparitions de gâteaux…
Mais qui est l’intrus venu d’ailleurs dans cette colocation ?

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