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Interview : Brigitte Lecordier

Lors de la dernière édition du Hero Festival à Marseille en novembre 2016, nous avons eu la chance de rencontrer Brigitte Lecordier, une comédienne de talent et très attachante qui prête sa voix à de nombreux personnages de dessins animés pour une interview passionnante.

En préambule, je tiens à remercier madame Lecordier pour sa bienveillance et sa gentillesse car c’était ma première interview donc j’étais très stressé. Et l’équipe de Zero Yen se joint à moi pour remercier les organisateurs du Hero Festival, sans qui cet entretien n’aurait été possible.

Zero Yen (ZY) : Bonjour, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Zero Yen ?

Brigitte Lecordier (BL) : Bonjour, je m’appelle Brigitte Lecordier, je suis comédienne. Et je suis connue par le public surtout pour ma voix parce que j’ai beaucoup travaillé sur les dessins animés, notamment Dragon Ball, Oui-Oui, Bonne nuit les petits et tant d’autres…

ZY : Pourquoi avoir choisi ce métier ?

BL : En fait, je ne l’ai pas choisi. C’est-à-dire que mon choix était d’être clown et j’ai été clown. Comme j’étais une personne un peu marrante, on m’a très vite sortie du cirque pour aller jouer, tourner et faire des pièces de théâtre. Et rapidement, je me suis révélée comédienne plutôt que clown.

ZY : Après tant d’années dans le doublage, de quelles voix êtes-vous la plus fière ?

BL : De Dragon Ball certainement… Ceux qui m’ont fait vivre, vous rencontrer. Je suis là aujourd’hui pour Dragon Ball. Pour Goku et puis Oui Oui… ces deux petits héros. J’ai fait le tour du monde avec eux. C’est dingue ! Puis ça me fait plaisir aujourd’hui, je vois les petits youtubeurs qui arrivent et sont géniaux. Et leur héros est Son Goku petit. C’est génial ! Voilà, je les ai bercés et ils ont cette voix dans leur tête.

ZY : À quels personnages auriez-vous aimé prêté votre voix ?

BL : À tous. À tout ce qui pourrait me ressembler. J’aurais aimé faire plus de femmes, plus de comédiennes.

ZY : Êtes-vous déjà allée au Japon ?

BL : Oui ! Je suis allée au Japon grâce à Dragon Ball. J’ai été invitée là-bas en grande pompe, avec beaucoup de reconnaissance. Parce que pour eux, les voix, au Japon, c’est très important et ils pensaient que la réussite de Dragon Ball en langue française était grâce à moi. Donc ils m’ont invitée là-bas mais j’ai été pourrie gâtée.

ZY : Qu’est-ce qui vous a le plus marquée là-bas ?

BL : Tout m’a marquée. Il faut dire qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui vont au Japon et en parlent. Quand j’y suis allée, en fait, j’avais même pas pris d’appareil photo parce que ce n’était pas une destination que j’imaginais. Et je me suis dit : « Je vais y aller parce que je suis invitée mais voilà… ». Je ne savais pas ce que je m’imaginais. Et arrivée là-bas… mais incroyable : les gens gentils, l’accueil extraordinaire. Tu arrives dans un café, on te sert un verre d’eau avant de te demander ce que tu veux boire parce qu’il fait chaud. Tu arrives quelque part, on te porte tes affaires. Et puis il n’y avait quasiment aucun européen.

Quand ils m’ont vu arriver, toute petite, mes yeux bleus, mes petits cheveux blonds, pour eux c’était complètement incroyable. Partout dans le métro, les gens me regardaient comme un ovni. C’est marrant, je me suis rendue compte ce que c’était d’être un étranger pour la première fois de ma vie. En fait, je me disais que c’était une étrangeté positive. Les gens disaient : « La chance qu’elle a d’avoir les yeux bleus et la peau blanche ». Et je me disais : « Mais c’est comme les gens qui ont la peau noire en France, on les regarde. Cela doit être vachement difficile à supporter parce qu’il y a en plus du négatif. » C’était la première fois de ma vie que je me suis sentie étrangère mais de manière positive.

ZY : Avez-vous suivi la polémique autour de la qualité des dessins de la série Dragon Ball Super ?

BL : Non.

ZY : Cela a-t-il été difficile de reprendre vos voix pour Dragon Ball Super ?

BL : Non, pas du tout. Parce que ce sont des personnages qui m’ont accompagnée tout au long de ma vie, donc je les ai retrouvés complètement naturellement.

ZY : Vous intéressez-vous à l’animation japonaise ? Quels films ou séries avez-vous vus en particulier ?

BL : Oui. J’en ai vu beaucoup. J’ai vu tous les films de Miyazaki parce que pour moi, c’est un grand maître. Et j’ai eu la chance de faire sa première série Conan, le fils du futur dans laquelle je fais la voix de Conan. C’est comme ça que je l’ai découvert et j’ai trouvé que c’était quelqu’un d’extraordinaire. À l’époque, personne n’aimait et on me disait que c’était des « japoniaiseries ». Je suis contente, les gens ont changé d’avis. À tel point que je ne peux plus faire de films de Miyazaki parce que c’est Disney qui a acheté les droits et, ils ne prennent que des vrais enfants pour faire des voix d’enfants. J’étais triste, j’aurais même voulu faire une petite voix additionnelle mais je pense qu’on pensera pas à moi, même pour ça.

J’avais adoré le Tombeau des lucioles qu’on m’avait projeté en avant-première au Japon quand j’y étais allée. Magnifique ! Ils n’ont pas la même culture que nous, pour eux, le dessin animé est une façon de s’exprimer et n’est pas forcément dédié aux enfants. Alors que pour nous, quand on pense aux dessins animés, on pense aux enfants et c’est dommage. Par exemple, j’ai fait la web-série Allo c’est Ninou, ce sont des des canulars téléphoniques avec ma voix d’enfant. Elle est passée à la télévision mais ils l’ont mise dans les programmes jeunesse, or je m’adressais pas du tout aux petits mais à vous, mes fans. D’ailleurs, quand on vient en convention et on les diffuse, les gens sont morts de rire. Alors ça plaît aux petits parce que c’est un petit enfant qui parle mais… On a cette culture-là. Comme c’est un enfant qui parle, on le met aux enfants. Alors qu’au Japon, c’est parce que dans le Tombeau des lucioles, l’héroïne est une petite fille que l’on va destiner le film aux bébés.

ZY : Que pensez-vous du succès de l’animation japonaise et du manga en France ?

BL : Cela me fait plaisir. Cela a été dénigré pendant tant de temps. Pendant de nombreuses années, on m’a empêchée de travailler parce que je faisais soi-disant des « japoniaiseries ». Et maintenant on en parle à la télé, on en parle dans les journaux… Tout le monde veut être geek, tout le monde veut être branché « Japon », ça me fait marrer. Même dans les journaux télévisés, il y a des trucs « geek » ou « Japon », c’est rigolo. Tant mieux, cela veut dire que les gens évoluent. Mais ils n’évoluent pas forcément pour les bonnes raisons. Ils le font parce que ça marche, parce qu’il y a toute votre génération qui a grandi avec ça et vous êtes des acheteurs. Il y a un marché, c’est du commercial et ce n’est pas forcément de l’admiratif.

ZY : Quels sont vos projets actuels ?

BL : En ce moment, je travaille sur Dragon Ball Super mais aussi une nouvelle série de Oui-Oui. C’est rigolo, ils sont arrivés tous les deux en même temps. En fait, c’est Oui-Oui qui fait des enquêtes policières. Je travaille sur Petit Ours Brun que je dirige et les Minijusticiers pour TF1 que je dirige aussi. Voilà… ça m’occupe pas mal. Il y a également SaturdayMan, la web-série belge dans laquelle on prête nos voix. Et j’ai fait Challenger, une web-série toulonnaise.

ZY : Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs ?

BL : Je suis contente de faire mon métier. C’est un métier formidable. Il faut nous soutenir, les voix. Et puis merci à tous d’avoir été si fidèles pendant tant d’années. Vous êtes toujours là, c’est dingue. Je m’arrête pas dès que je me pose à ma table, c’est l’horreur mais c’est génial. Et puis je dois faire quarante mille « Nuage magique ! ». C’est fou, c’est de la folie.

ZY : Merci beaucoup pour cette interview Madame Lecordier !

BL : Merci à vous !

 

Interview réalisée par Farid Hallalet

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