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Interview exclusive : Katahira Rina (片平里菜)

Lors de mon récent séjour au Japon, j’ai eu l’immense privilège, en exclusivité internationale, d’interviewer la ravissante Katahira Rina (片平里菜) ! Rencontre avec une artiste humble et bourrée de talent.

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(An English version of this interview is available here)

Zero Yen (ZY) : Bonjour Rina, c’est un grand honneur de t’avoir avec nous aujourd’hui ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs svp ?

Katahira Rina (KR) : Je m’appelle Katahira Rina, je suis auteur, compositeur et interprète, originaire de la préfecture de Fukushima. J’ai 23 ans.

ZY : Tu as gagné le Shinsain Tokubetsu Sho au festival d’été Senkou Riot en 2011. Est-ce que tu peux nous en dire plus ? Pourquoi as-tu décidé d’y participer ?

KR : À cette époque, je vivais encore à Fukushima où je me produisais et faisais de la musique. Puisque le festival Senkou Riot avait beaucoup de participants, j’ai décidé de m’y inscrire sur un coup de tête. Je n’aurais jamais pu imaginer que je serais finaliste ! C’était génial mais aussi surprenant pour moi.

ZY : Évoquons maintenant ton activité d’auteur, compositeur et interprète. J’ai découvert ton univers avec le single Oh JANE il y a 2 ans. C’était vraiment un super morceau auquel j’ai accroché tout de suite ! Pourrais-tu nous expliquer de quoi parle la chanson ?

KR : Je n’ai pas eu de difficultés, ni passé beaucoup de temps à écrire ce titre. En fait, je l’ai écrit de façon ludique. La synchronisation de la mélodie et des paroles m’est venue très facilement. À ce moment-là, en tant que femme, je ne voulais pas que l’on me prenne à la légère ! (rires) Je souhaitais parler de féminisme à travers cette chanson. Au final, ce fut un morceau très sympa à créer.

ZY : Je sais que tu écris toi-même tes paroles. Quel est ton processus d’écriture ? Comment te vient l’idée d’une chanson ?

KR : Je peux écrire un titre de plusieurs façons différentes mais le plus souvent, j’essaie de me faire face intérieurement. Je me questionne sur mes propres sentiments. Je réfléchis aussi aux choses qui peuvent être intéressantes dans la vie de tous les jours.

ZY : Tu écris donc à partir de tes propres expériences ?

KR : Oui, tout à fait, cela me permet de mieux imaginer les choses.

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ZY : Penses-tu composer quelque chose en anglais un jour ?

KR : J’adore vraiment la musique occidentale, j’ai grandi en écoutant beaucoup de chansons en anglais. Bien que ce soit quelque chose qui me plaise beaucoup, je ne me sens pas encore assez confiante pour chanter dans cette langue. J’ai le sentiment que je dois l’étudier encore plus avant de me lancer mais j’adorerais le faire !

ZY : Tu sembles être une musicienne accomplie, tu joues de la guitare mais aussi de l’harmonica. Pratiques-tu d’autres instruments ?

KR : À part la guitare et l’harmonica, non. Mais lorsque j’ai pris en main ces instruments pour la première fois, j’étais en première année de lycée et c’était un peu par hasard ! À partir de maintenant, je pense que c’est vraiment le début pour moi alors oui, j’aimerais en pratiquer d’autres.

ZY : Lorsque j’écoute tes albums, j’entends des influences de la musique country, particulièrement dans les chansons Come Back Home ou encore Amazing Sky. Est-ce un genre qui te tient à cœur ?

KR : J’aime vraiment tous les genres de musique. À cette époque, j’écoutais de la country en écrivant ces chansons, cela a donc clairement influencé Amazing Sky et Come Back Home. Je jouais aussi beaucoup de la guitare acoustique et je souhaitais également inclure cette sonorité dans mes compositions. Les gens autour de moi étaient aussi pas mal influencés par la country donc tout cela s’est déroulé de façon naturelle.

ZY : Quels sont tes artistes favoris ou ceux qui t’inspirent ?

KR : J’en ai beaucoup ! (rires) Alanis Morissette, Janis Joplin, Joni Mitchell, etc. Mais avant d’entamer ma carrière en solo, j’ai fait la première partie de l’artiste française Zaz lorsqu’elle est venue se produire au Japon.

ZY : Je ne savais pas ! C’est intéressant comme anecdote !

ZY : En parlant de Come Back Home, c’est l’un de mes morceaux préférés sur ton premier album. Est-ce que je peux te demander de quoi il parle ?

KR : C’était l’époque où je vivais encore entre Fukushima et Tokyo. Cette chanson est donc directement inspirée par la préfecture de mon enfance, Fukushima.

ZY : HIGH FIVE est un autre titre que j’affectionne tout particulièrement. Oui, j’aime beaucoup tes morceaux rythmés ! (rires) Encore une fois, peux-tu en expliquer la signification ?

KR : Ce qui m’a marqué lorsque j’écrivais les paroles de cette chanson, ce sont des expressions ou des actes, en particulier le fait de recevoir des ordres, ce qui n’est pas marrant du tout. Je pensais très fortement à ne pas subir les contraintes des standards établis ou des idées préconçues. Je me disais qu’il était très important d’être soi-même : c’est une bonne chose d’avoir des buts à atteindre et des rêves à réaliser. C’était donc mon état d’esprit quand j’ai écrit ce titre.

ZY : Récemment, tu as sorti un single qui s’appelle Uso wo Tsuku Kuchibiru (嘘をつく唇) et qui est une collaboration avec le groupe Tokyo Ska Paradise Orchestra (東京スカパラダイスオーケストラ). C’était un titre surprenant car très différent de ton style musical habituel. Peux-tu nous raconter comment s’est passé ce partenariat ?

KR : Je considère Tokyo Ska Paradise Orchestra comme un sempai (note de Ghis : expression que l’on pourrait traduire par un mentor ou un aîné que l’on respecte, en français), ils sont très souvent présents à de nombreux festivals et concerts. J’adore leur musique. Il semblerait qu’ils aient écouté mes morceaux et ils m’ont dit que j’avais une belle voix. C’est de cette façon qu’ils m’ont invitée à participer à l’enregistrement de cette chanson.

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ZY : Revenons maintenant au présent ! Ton nouvel album Saikou no Shiuchi (最高の仕打ち) est sorti il y a 2 semaines (note de Ghis : interview réalisée mi-février). Tu as travaillé avec beaucoup de musiciens réputés sur celui-ci et le résultat est très éclectique. Quelle était l’idée derrière ces collaborations ?

KR : À chaque fois que j’étais à la recherche d’une sonorité particulière, plusieurs styles m’attiraient. Par exemple, parfois j’étais d’humeur rock, d’autres fois plus douce et parfois même très funky. Pour chaque chanson, quand j’essayais de trouver ce son précis, j’ai eu la chance de pouvoir travailler avec des producteurs et arrangeurs qui m’ont aidé à obtenir ce que je souhaitais.

ZY : Il y a une chanson que j’ai adorée tout de suite, c’est Party. Elle est très fun ! Je sais que le groupe SCANDAL l’a produite et arrangée. Quel est le secret de sa naissance ? Et de quoi parle-t-elle ?

KR : La première fois que j’ai commencé à réfléchir à cette chanson, j’étais seule et je pensais à une fille qui faisait du rock. Lorsque je me suis demandé avec qui je pourrais travailler sur ce morceau, SCANDAL fut le premier groupe qui m’est venu à l’esprit. Je les ai alors contactées pour leur demander si elles étaient intéressées. Elles m’ont vraiment accueillie à bras ouverts, presque comme une des leurs. Nous avons trouvé de bonnes idées ensemble et sommes ensuite allées en studio pour l’enregistrer. C’était une très bonne expérience !

ZY : BAD GIRL est une autre chanson intéressante. Elle fait très années 1950, un peu comme un titre extrait de la bande originale d’une comédie musicale à la Grease ! Quelle a été ton inspiration pour celle-ci ?

KR : En pensant au blues et à son évolution musicale, j’ai aussi été influencée par ma vie à Tokyo. Je me disais qu’il était très difficile dans un appartement japonais typique de jouer de la musique ou de faire du bruit sans ennuyer mes voisins. À cause de cela, j’étais un peu stressée de ne pas pouvoir être bruyante mais je voulais toujours faire de la musique. Alors quand je suis allée en studio, j’étais enfin libre de chanter et de créer ce son dont je rêvais !

ZY : Lorsque j’écoute la chanson Fune Kogu Hito (舟漕ぐ人), j’ai l’impression que c’est un morceau très nostalgique et rempli d’émotion. Qu’en est-il ?

KR : En fait, c’est le morceau le plus vieux sur cet album, je l’ai écris alors que j’habitais encore à Fukushima. J’imaginais le magnifique océan du Tohoku pendant que je travaillais sur ce titre et je voyais l’horizon sans fin de la mer. Je me dis que ce sentiment fait un peu partie de la chanson au final.

ZY : J’ai remarqué sur Twitter que tu es souvent invitée dans une émission qui s’appelle goosehouse. Je ne vois pas trop ce que c’est, peux-tu m’éclairer ?

KR : Goosehouse est en fait le nom d’un groupe qui est l’invité d’une émission sur USTREAM (note de Ghis : site de streaming vidéo japonais). Plusieurs artistes auteurs, compositeurs, interprètes comme moi se réunissent et font des reprises de différentes chansons. Nous essayons de faire de la musique de façon ludique, je pense que c’est pour cela que ce show est assez populaire. J’y participe occasionnellement.

ZY : J’ai eu la chance de voir ton concert au HEAVEN’S ROCK de Saitama il y a quelques semaines. C’était une petite salle, très intime. Je t’ai trouvée très naturelle et authentique sur scène. J’ai vraiment adoré ! Est-ce que tu es stressée avant un concert ? Car tu semblais vraiment très détendue.

KR : J’essaie de rendre la chose sympa, de ne pas trop y penser ou de trop me focaliser dessus. Je me dis que si je suis à l’aise sur scène, le public se sentira lui-même à l’aise. Bien sûr, il y a parfois des choses qui me distraient mais j’essaie de ne pas y faire attention.

ZY : J’ai vraiment apprécie la façon dont tu t’adressais à ton public, c’était très naturel !

KR : Merci !

ZY : Je suis obligé de parler du morceau CROSS ROAD : tu étais sur scène en train de chanter, jouer de la guitare ET de l’harmonica ! Je me suis dit « mais c’est une vraie femme-orchestre cette Rina ! » (rires) Mais plus sérieusement, comment fais-tu pour faire tout cela en même temps ? Cela semble très difficile !

KR : Je ne me considère pas comme quelqu’un qui peut faire plusieurs choses à la fois ! (rires) En fait, j’essaie de me dire que la guitare est une partie de moi-même, pas quelque chose en plus dont je dois m’occuper. Je pense que c’est comme cela que j’arrive à tout gérer en même temps.

ZY : Je sais que ta 3e tournée bat son plein en ce moment et que le dernier concert se déroulera au Zepp DiverCity de Tokyo. As-tu des rituels avant de monter sur scène ? Comment te prépares-tu pour ce genre de tournée ?

KR : Avant un concert, bien sûr, je dois m’assurer d’être complètement prête alors je répète de nombreuses fois avec mes musiciens. Pour que mon esprit soit bien préparé avant de monter sur scène, j’essaie d’organiser mes pensées et sentiments de façon à être à 100% le moment venu.

ZY : Tu aimerais te produire à l’étranger un jour ? En Europe peut-être ?

KR : Oui, j’en ai vraiment envie !

ZY : Nous t’attendons !

Toute le monde : (rires)

ZY : Mon japonais étant encore peu avancé, je n’arrive à comprendre qu’une partie de tes paroles. Et pourtant, j’aime beaucoup ta musique. C’est quelque chose qui te surprend ?

KR : Cela me rend très heureuse de t’entendre dire ça ! Dans mon cas, j’ai grandi en écoutant énormément de chansons anglophones et je les adorais aussi. Parfois, j’ai l’impression d’avoir un complexe sur ce point, que l’on me perçoit comme une personne qui se contente d’imiter. Toutefois, lorsque j’entends que quelqu’un à l’étranger arrive à apprécier ma musique, cela me donne confiance que mes créations ont leur propre caractère.

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ZY : Je sais que tu es originaire de la préfecture de Fukushima. Bien entendu, ce qui s’est passé en 2011 était absolument bouleversant. J’ai été très touché car le Japon est un pays qui me tient à cœur et j’ai même fait un don pour aider à la reconstruction des zones sinistrées. Avec ton emploi du temps très chargé en tant que musicienne, as-tu eu la possibilité de te rendre sur place afin de donner un coup de main aux secours ?

KR : Merci beaucoup pour ton ressenti, cela me touche énormément. Quand on pense à Fukushima, qui n’est qu’à une heure et demie de Tokyo en Shinkansen, ce n’est pas si loin finalement. Je peux y aller quand je le souhaite. Parfois, lorsqu’une connaissance me contacte et m’invite, je m’y rends. Il m’arrive de rendre visite à des abris temporaires, de parler aux gens ou de chanter pour des enfants en maternelle lorsque j’y suis. Cela me semble si simple de discuter avec les habitants de Fukushima. C’est aussi très important pour moi et c’est une façon de montrer ma gratitude envers ces personnes.

ZY : Dans le premier numéro de Zero Yen, nous avons écrit un article sur Fukushima et sur les gens de Provence qui ont aidé du mieux possible. Je peux t’en faire parvenir un exemplaire, si tu le souhaites.

KR : Cela me rend heureuse. Oui, s’il te plaît !

ZY : D’ailleurs, comment s’est passée ton enfance là-bas ? À la campagne, ta vie devait être très différente de celle de Tokyo.

KR : C’est peut-être en partie grâce à mes parents mais j’ai le sentiment d’avoir eu une enfance très saine. Je pouvais sortir facilement et communier avec la nature, l’air là-bas est toujours très vivifiant. La nourriture est non seulement meilleur marché mais aussi très goûteuse et délicieuse. Quand je suis arrivée à Tokyo, je me suis rendue compte que ce n’était pas quelque chose d’évident. Alors je suis reconnaissante.

ZY : Parlons un peu de toi maintenant. Est-ce que tu as d’autres hobbies ou passions en dehors de la musique ?

KR : Depuis toute petite, j’aime beaucoup créer des choses, des objets. J’apprécie l’art, j’aime visiter des musées et regarder des films. J’aime aussi me balader en voiture.

ZY : Est-ce que tu connais la France ? Es-tu déjà venue ?

KR : Je ne suis jamais allée en France mais j’adorerais venir un jour. Je regarde des films français.

ZY : Dans ce cas, je te conseille le film Intouchables, c’est une très bonne comédie !

ZY : Il y a une communauté ici qui adore le Japon, la cuisine japonaise en particulier est très appréciée. Est-ce que tu le savais ?

KR : J’ai entendu dire que les anime étaient très populaires en France. Mais je ne m’étais pas rendue compte que la cuisine japonaise l’était aussi. Je sais que la France est reconnue comme le pays où la nourriture est la meilleure ! Alors je suis très fière que la cuisine japonaise y soit autant appréciée.

ZY : Qu’est-ce que tu aimes manger justement ? De la nourriture française ?

KR : J’adore les croissants !

ZY : Nous avons presque terminé cette interview. Si tu as des projets dont tu souhaites nous parler, c’est le moment ou jamais !

KR : Je vais bientôt participer à mon premier anime qui s’appelle Mayoiga (迷家-マヨイガ-). Je vais en écrire le générique de fin. Je serais vraiment contente si cette chanson pouvait être connue à l’étranger ! (note de Ghis : voir la news de Zero Yen ici)

ZY : Rina, merci beaucoup de nous avoir consacré un peu de ton temps aujourd’hui. À très bientôt et bon courage pour le reste de ta tournée !

KR : Merci beaucoup !

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Remierciements

Un très grand merci à Rina pour sa patience et sa gentillesse pendant l’interview, j’ai passé un très bon moment ! Merci également à son management de m’avoir donné l’opportunité de la rencontrer et d’écrire cet article. Enfin, merci beaucoup à Marika pour avoir assuré la traduction lors de cette rencontre.

Le souvenir qui fait chaud au cœur… :

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ほんとにありがとございました!!

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