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Interview : Satsuki (geiko) et Marika (maiko)

En marge de Japan Expo, nous avons eu l’honneur et le privilège d’interviewer Satsuki et Marika, deux geisha de Kyoto, lors d’une soirée en plein cœur de Paris.

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Tout d’abord, une petite explication de texte s’impose : ce que l’on regroupe sous le terme de geisha porte des noms plus spécifiques à Kyoto. En effet, une geiko est le terme utilisé dans l’ouest du Japon (Kyoto inclus donc) et maiko désigne une geiko apprentie. En japonais, geisha s’écrit 芸者 dont les kanjis signifient respectivement art (gei) et personne (sha); geiko est 芸妓 (le ko signifiant enfant) et maiko 舞妓 (mai voulant dire danse).

Après cette petite introduction pour vous familiariser avec le vocabulaire de cet univers, place aux réponses de Satsuki et Marika !

Zero Yen (ZY) : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs s’il vous plaît ?

Satsuki : Bonjour, je m’appelle Satsuki. Je suis une geiko du quartier de Gion (祇園) à Kyoto. (note de Ghis : ce quartier des geisha est considéré comme le plus célèbre du Japon)

Marika : Bonjour, je suis Marika et je suis une maiko.

ZY : Vous êtes considérées comme les garantes de la tradition japonaise, quel est votre ressenti sur cet héritage ?

Satsuki & Marika : Nous sommes toutes les deux entrées dans ce monde car nous éprouvions une très grande admiration pour les geisha en général. Nous sommes très reconnaissantes de pouvoir porter des kimono de cette qualité et de pouvoir étudier des choses aussi sophistiquées et raffinées dans notre apprentissage quotidien.

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ZY : Qu’est-ce qui a changé dans le fait d’être geisha aujourd’hui ?

Satsuki & Marika : Malheureusement, ces dernières années, le nombre d’apprenties geisha (les maiko) diminue de façon considérable. D’après nos aînées, il y aurait un certain relâchement dans l’éducation et l’enseignement de ce métier, essentiellement pour ne pas faire fuir les maiko. Car il faut avouer que cet univers est assez strict et sévère dans l’ensemble.

ZY : Est-ce difficile d’être geiko au 21e siècle ?

Satsuki & Marika : Il est vrai qu’à notre époque, il y a un décalage entre la vie quotidienne que nous menons et celle des autres jeunes filles de notre âge qui s’amusent avec leurs copines. Mais grâce à notre métier, nous avons pu venir à Paris par exemple : cela nous permet de vivre des expériences très enrichissantes et nous en sommes très reconnaissantes.

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ZY : Combien de maiko terminent leur formation en général ?

Satsuki & Marika : La formation dure 4 ans au total, nous y entrons à nos 16 ans et jusqu’à ce que nous devenions des geiko. Alors oui, il y a en effet des abandons en cours de route : parfois au bout de 3 jours; parfois la personne a réussi à devenir maiko mais décide d’arrêter car sa famille lui manque trop par exemple.

ZY : L’apprentissage du Kyō-kotoba (dialecte de Kyoto) diffère-t-il beaucoup du japonais classique ?

Satsuki : Je suis d’Osaka donc cela ne m’a pas posé de problème particulier.

Marika : Étant originaire du Kanto (de Yokohama plus précisément), dans notre préfecture, ce ne sont pas du tout les mêmes intonations ou rythmes de parole. C’est donc plus difficile pour ma part mais mes aînées me corrigent lorsque cela est nécessaire.

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ZY : Combien d’arts faut-il maîtriser pour être accomplie ?

Satsuki & Marika : Nous prenons des cours d’un certain nombre d’arts différents : danse, musique, apprentissage d’un instrument (ensemble musical nommé le hayashi (囃子). Chaque geisha choisit un instrument de prédilection comme la flûte ou le tsuzumi (, petit tambour) par exemple. Nous apprenons aussi d’autres choses comme la cérémonie du thé, l’arrangement floral, etc. En règle générale, devant les clients, nous exécutons seulement une danse.

D’ailleurs, au cours de l’année, nous avons des jours de représentation de danse comme le miyako odori (都をどり). (note de Ghis : cet événement annuel et traditionnel se déroule du 1er au 30 avril pendant la saison de floraison des cerisiers japonais. Il signifie littéralement danses de la capitale mais est souvent appelé la danse des sakura.)

ZY : Combien de temps de pratique tout cela vous demande-t-il ?

Satsuki & Marika : Cela dépend mais nous avons 1 heure de cours par jour pour chaque discipline. Notre emploi du temps est variable mais nous pouvons avoir parfois 5 enseignements dans la même journée. Dans tous les cas, la matinée est toujours consacrée aux études. Si nous avons terminé notre cours mais que l’une de nos aînées n’a pas fini le sien, nous restons à ses côtés pour écouter la leçon ou l’aider si besoin.

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ZY : Le film Mémoires d’une geisha a porté la thématique des geiko au monde occidental en donnant une image quelque peu erronée des geisha. Quel a été son impact à l’étranger selon vous ?

Satsuki & Marika : En effet, ce film a été un choc pour nous car il n’est pas vraiment représentatif de la réalité et a véhiculé, comme vous le dites si justement, une image erronée du monde des geiko à l’étranger.

ZY : Puisque nous parlons de cinéma, pouvez-vous nous raconter un peu le tournage de l’émission TV MAIKO IN LOVE WITH KYOTO ? Quel souvenir en gardez-vous ?

Satsuki & Marika : Ce programme a été tourné pour présenter sous un autre regard notre univers : nous y révélons nos endroits préférés de Kyoto, entre autres. L’émission est plus tournée vers la ville en fait. C’était un challenge pour nous au quotidien car nous devions nous lever plus tôt qu’à l’accoutumée et cela engendrait bien entendu du travail supplémentaire en plus de nos tâches habituelles. Mais c’était une expérience nouvelle pour nous qui nous a beaucoup plu au final.

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ZY : Je suppose que les produits de beauté, les maquillages et l’habillement ont changé depuis 794 avec l’empereur Kanmu (qui a engendré en 1600 le terme de geisha) ? Ou utilisez-vous toujours certains produits et/ou rituels traditionnels ?

Satsuki & Marika : En fait, tout cela n’a pas beaucoup évolué car nous nous efforçons de préserver la tradition autant que possible. Toutefois, la qualité des produits s’est tout de même améliorée bien sûr. Par ailleurs, il y a eu une transmission orale des techniques des aînées envers les cadettes (pour faire certaines choses plus rapidement par exemple). Il y a donc eu une petite évolution mais qui est restée entre nous et n’a pas révolutionné notre manière de travailler dans la globalité.

ZY : Êtes-vous déjà venues en France auparavant ? Si oui, qu’avez-vous apprécié dans notre pays ?

Satsuki & Marika : Non, c’est la première fois que nous venons ici !

Satsuki : J’aime beaucoup la ville, j’ai toujours eu une très grande admiration pour Paris : avant de venir, j’avais déjà consulté des guides de voyage.

Satsuki & Marika : Nous avons été surprises par la chaleur avec laquelle les gens nous ont accueillies : dans les rues, ils sous souriaient dès qu’ils nous croisaient ! De ce fait, nous nous sentons bien dans cette ville !

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ZY : Un dernier petit mot pour nos lecteurs ?

Satsuki & Marika : S’il vous plaît, venez nous rendre visite à Kyoto ! (en Kyō-kotoba)

ZY : Merci beaucoup de nous avoir accordé ces quelques minutes de votre temps et à bientôt peut-être !

Satsuki & Marika : Merci beaucoup !

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Bonus : photos des maiko à Kyoto

Pour le plaisir des yeux, voici une série de très beaux clichés de Satsuki et Marika dans leur ville de Kyoto.

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Remerciements & Informations

Un grand merci à Sarah et aux représentants de la ville de Kyoto de nous avoir permis de réaliser cette interview. Merci aussi à notre Laurie nationale pour son aide précieuse sur les questions.

Pour plus d’informations sur les maiko en général et l’émission MAIKO IN LOVE WITH KYOTO, rendez-vous sur le site Koi Maiko.

Toutes les photos illustrant cet article sont © Zero Yen Media (Ghis) et J:COM.

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