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Le déclin du jeu vidéo japonais – 1

Ceci est la version plus complète et actualisée de l’article « Le Déclin du jeu vidéo japonais » disponible dans le numéro 1 du magazine et qui avait dû être édité par manque de place. Il sera publié en 3 parties sur le site : le passé, le présent et le futur. Intéressons-nous donc en premier au passé. Bonne lecture à tous !

« La fusion avec Eidos nous a permis de faire face en tant qu’éditeur, grâce à Tomb Raider, Deus Ex et Hitman. Mais le déclin des jeux japonais était presque humiliant. Cela fait une semaine que je me tourmente pour savoir comment y remédier. »

Cette déclaration de Koji Taguchi à l’E3 traduit un malaise permanent dans l’industrie du jeu vidéo japonais depuis quelques années. Déjà exprimé par l’ancien boss de Capcom, Keiji Inafune (Megaman), qui disait à la suite du TGS 2010 : « En regardant les jeux présentés au Tokyo Game Show, je trouve que tout le monde fait des jeux affreux. Le Japon a au moins 5 ans de retard. »

Partagé par plusieurs développeurs et couplé à une érosion des ventes de jeux vidéos au Pays du Soleil Levant, ce constat traduit un véritable malaise. Mais quelle peut en être la cause ? Et surtout depuis quand cela est-il véritablement le cas ?

À travers son apogée passée et son déclin actuel, retraçons la courte histoire du jeu vidéo à la japonaise afin de mieux comprendre son évolution.

LE PASSÉ

Au début des années 80, l’Atari 2600 règne en maître aux États-Unis mais un excès de jeux de mauvaise qualité et de consoles concurrentes noie ce marché naissant et perd les consommateurs. L’ultime coup de grâce, jugé par certains comme l’événement majeur de cette crise, est la sortie de E.T. pour les fêtes de Noël en 1982. Considéré par beaucoup comme le pire jeu de tous les temps, il entraine un crash soudain du média.
Ce hobby va connaitre ensuite une longue traversée du désert et seule l’arrivée du japonais Nintendo permet de relancer le marché console (les ordinateurs se portant bien).

Les Japonais, nouveaux maîtres du marché

Ainsi la Famicom, renommée Nintendo Entertainment System (NES), débarque aux États-Unis en 1985 (soit 2 ans après le Japon) et marque ainsi le début de la suprématie japonaise pendant au moins une quinzaine d’années. C’est un énorme succès et le terme « Nintendo » devient synonyme de console de jeux comme frigidaire pour un réfrigérateur.

Mario et Zelda deviennent les icônes de Nintendo tandis que les noms de futurs poids lourds nippons commencent à se faire connaître sur cette console. Konami y crée la série des Castlevania, Square y débute les Final Fantasy et Enix y invente le RPG à la japonaise avec Dragon Quest (qui devient un véritable phénomène de société au Japon bien qu’assez méconnu en Occident).

La Super NES succède à la NES mais cette fois-ci, Nintendo souffre de la concurrence de son grand rival de toujours, Sega, qui remporte un franc succès avec la Megadrive aux États-Unis et en Europe. Toutefois, celle-ci reste réservée à un public d’initiés sur sa terre natale japonaise.

Le marché est quasiment réservé aux constructeurs japonais et Atari n’arrivera jamais à émuler son succès d’antan, malgré le lancement de la Jaguar en 1993, sa nouvelle console. Les jeux restent en grande partie sous coupe japonaise. Les succès occidentaux se font rares sur les deux consoles majeures, seul Electronic Arts arrive à s’imposer grâce à ses nombreuses licences sportives. De plus, sa série des Mortal Kombat connaît un franc succès grâce à une violence très graphique et fait concurrence à LA grande franchise des jeux de combats: Street Fighter de CAPCOM.

Au moment de trouver des successeurs à cette génération, c’est Sony qui impose sa Playstation, une marque jusque-là spécialisée dans l’électronique grand public. Puissante, facile à programmer (à pirater aussi) et vendue à un prix raisonnable, elle vole la vedette à la Saturn de Sega (trop chère et moins puissante) ainsi qu’à la Nintendo 64, arrivée trop tard. Cette dernière souffre aussi d’un format arriéré (la cartouche) alors que ses concurrentes profitent d’un nouveau médium : le CD.

Même si le leader change, l’histoire se répète et ce sont les japonais qui se partagent le marché console ; celui-ci représentant la plus grosse partie du jeu vidéo. Parmi ceux-ci, seule la série des Tomb Raider connait un gros succès occidental. Les autres grosses licences telles Resident Evil, Final Fantasy ou Metal Gear Solid restent japonaises.

Une nouvelle époque en ce début de siècle

Lorsque le successeur de la Playstation, la bien-nommée Playstation 2, sort en 2001 en Occident, les choses commencent à changer. Sega n’est plus : la Dreamcast sera leur dernière console faute d’un succès conséquent. SNK, constructeur de la cultissime Neo Geo (rolls des consoles au début des années 90 avec des graphismes fabuleux mais un prix inabordable), a aussi disparu.

Deux constructeurs de machines qui sont aussi les créateurs de jeux de légendes avec Sonic chez Sega mais aussi pêle-mêle : Shenmue, Phantasy Star, Shining Force, House of the Dead, Virtua Fighter. Quand à SNK, ils auront créé les meilleures séries de baston 2D de cette époque avec Fatal Fury, Samurai Shodown, Art of Fighting et King of Fighters.

Un succès américain

2001 ne sera pas l’odyssée de l’espace mais celle de Microsoft. La société se lance avec acharnement à la conquête du marché des consoles avec sa Xbox : machine puissante et soutenue à la fois par les éditeurs japonais et américains. Et même si ces derniers seront beaucoup plus productifs, la firme de Redmond (qui ne produisait jusque-là que des joysticks/manettes) lance sa première console avec succès aux États-Unis. Elle sera portée par Halo, devenu depuis son étendard.

Pendant ce temps, Nintendo lance la Gamecube qui peine à convaincre. Design enfantin, moins puissante que la Xbox et aucun Mario à la sortie font de cette console le plus faible succès de la marque de Kyoto.

Au final, la PS2 sera la grande gagnante mais Microsoft arrivera à imposer sa console aux États-Unis malgré un succès relatif en Europe et inexistant au Japon. Par ailleurs, certains craignent que Nintendo n’abandonne à son tour le jeu vidéo.

L’Occident de retour

Les jeux à succès occidentaux arrivent enfin en masse. Par son architecture proche du PC, la Xbox facilite les portages et permet avec la série Halo d’imposer le FPS comme le genre le plus vendeur sur console. La franchise GTA (entamée sur Playstation) devient un énorme succès grâce à son troisième opus en 3D.

Sony développe de nombreux studios occidentaux et cette stratégie s’avère payante : ceux-ci lui délivrent de beaux succès telle la série des God of War. Même Nintendo, éditeur très japonais, sous-traite Metroid à un studio texan. Ses deux franchises les plus connues accouchent de leurs deux épisodes les plus controversés par les fans : Zelda – The Wind Waker est jugé trop infantile et Super Mario Sunshine en deçà du niveau d’excellence des autres épisodes.

Pourquoi cette désaffection du Japon ?

Le jeu vidéo commence à devenir un énorme marché en Occident et dépasse le Japon qui semble se lasser des séries à répétition. Couplée à une baisse de natalité dans le pays, la crise économique larvée depuis le début des années 90 fait que le public des jeunes amateurs de jeux vidéos est moins riche et moins dense qu’auparavant. Cette cible a aussi moins de temps à y consacrer : l’apparition des portables et internet réduisant leur appétence pour les distractions vidéo-ludiques.

Le déclin du jeu vidéo commence vraiment à ce moment là, même si le public ne s’en rendra compte qu’avec la génération suivante. Rajoutons le peu d’entrain de certains éditeurs à exporter leurs jeux en Occident. Cette politique les coupe d’une source de revenus non négligeables. De plus, la structure hiérarchique ossifiée typique de l’entreprise japonaise accorde plus de crédit aux créateurs expérimentés qu’à l’enthousiasme et l’innovation des plus jeunes. Ainsi le public japonais vieillissant s’oppose à une génération de joueurs et de créateurs occidentaux connaissant parfaitement les rouages des productions japonaises.

L’Occident s’approprie la formule du succès

Au fur et à mesure, tous les genres trustés par les japonais sont maitrisés par l’Occident (plateforme, RPG, etc…). God of War marquera certainement un passage de flambeau entre les deux publics : un beat-them-all au gameplay accessible mais complexe, aux graphismes repoussant les limites de la machine et enfin doté d’un véritable univers où l’on incarne un personnage charismatique. Voici les ingrédients qui constituaient jusque-là le succès d’un jeu japonais.

Même les séries les plus vendeuses telles Mortal Kombat ou Tomb Raider souffraient d’un manque de profondeur dans leur gameplay ou leur background. God of War signait là un sans-faute et reçut un accueil critique très chaleureux, même au pays du soleil levant.

Mais le Japon n’allait bientôt plus faire rêver les gamers. Et c’est Nintendo, le sauveur du marché des consoles, qui allait tout bouleverser encore une fois…

Rendez-vous la semaine prochaine pour la seconde partie du dossier qui sera consacrée au présent du jeu vidéo japonais. Stay tuned les amis !

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