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Mon Vieux de Tsuru Moriyama

Familles monoparentales, recomposées, homoparentales, par convenance plus que par affection… Comment être un père aujourd’hui dans ce contexte, quand les rôles masculins et féminins ont à ce point changé ? Le mangaka Tsuru Moriyama, peu connu en France, aborde ce sujet complexe dans cette surprenante série en 3 volumes, publiée chez Delcourt.

Takeshi Kumada est un homme au regard angoissant, bardé de cicatrices et à la stature d’Hercule. Il ne sait exprimer ses émotions et ses sentiments, boit du saké à la bouteille et vient de passer 16 ans en prison pour les meurtres de huit yakuzas qui en voulaient à la vie de sa femme et de ses deux enfants. Il avait déjà purgé une précédente peine de huit ans, étant adolescent, pour avoir tué son propre père dont la brutalité envers lui et sa mère n’avait pas de limites. De ce fait, devenu adulte, il aspire à la sécurité la plus absolue pour sa famille. Ce héros pourrait apparaître dans une histoire sordide, sombre et violente mais ce n’est pas le cas ici. Sans sombrer dans la caricature, en s’attachant à rester sur les fondamentaux masculins, Tsuru Moriyama réussit l’exploit de créer un archétype masculin crédible qui ferait presque passer John McClane, le héros du film Die Hard , pour Zaza Napoli (la star capricieuse de « La cage aux folles », jadis incarnée magnifiquement par Michel Serrault).

Par des retours en arrière, on suit la jeunesse violente dans laquelle a baignée Kumada, la rencontre avec sa femme et la petite enfance de sa fille et son fils. Le dessin et l’histoire sont très réalistes et le scénario ne sombre pas dans le côté un peu glauque d’une série comme « Coq de Combat ». Ayant été emprisonné lorsque ses enfants étaient en bas âge, ceux-ci ont peu de souvenirs de leur père. Les retrouvailles au début du premier volume sont un moment inoubliable : lorsque Kumada s’en prend efficacement (et très brievement) à son gendre violent puis va imposer sa grande stature dans la pièce principale de l’appartement familial, sous l’œil médusé de son fils, jeune voyou paumé.

Sa mère décède alors qu’il est incarcéré pour le meurtre de son père. Au crématorium, Kumada exprime son deuil en… mangeant ses cendres. Cette scène violente mais belle exprime toute la personnalité de ce personnage : c’est un sabre nu. L’attachement de cette « bête humaine » à sa génitrice est très émouvant. Elle est la source de sa force. Face à la maladie qui l’emportera, Kumada ne laisse rien paraître qui puisse inquiéter sa famille. Sa brève réapparition dans leurs vies aura remis son fils sur le droit chemin, redonner bonne humeur à sa femme. Grâce à lui, sa fille a retrouvé confiance en elle et son gendre, quittant son clan yakuza, a radicalement changé d’attitude.


Tout l’art de Moriyama est là : redéfinir le rôle paternel à partir d’un stéréotype marqué, auquel on s’attache rapidement. Un père n’argumente pas ses propres décisions, protège sa famille contre tout danger comme un taureau de combat et impose un cadre de vie, avec une sensibilité toute relative dans le cas de Kumada. Moriyama remet la figure paternelle à sa place, sans valoriser pour autant le patriarcat et la vision machiste de la famille. Bref, un manga poignant par l’histoire, excellent par le scénario, que tout jeune papa devrait lire, même si c’est un peu déstabilisant. Ce manga ne compte qu’une centaine de fans sur mixi.jp. Est-il trop tard pour sauver l’archétype paternel ?

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